terre air
terre mer
terre source
terre labours
terre feu
 

Les mots amassés dans mes pinceaux s'étirent sur la toile...
Ce n'est plus moi qui peins, qui vois, qui décide. C'est l'instant en urgence.
Alors les pinceaux deviennent instruments, un dispositif se met en place
le choix des couleurs se fait automatiquement, instinctivement et nécessairement,
les mots arrivent en cascade, se placent les uns à la suite des autres,
un dialogue se dit : prends le bleu, non pas celui là, le Prusse, dépêche toi,
étale, tire, étire, pose le pinceau, prends l'autre oui, le plus plat, va sur le vert,
le vert émeraude, appuie, plus fort, tire le vert sur le bleu, reprends le pinceau plus
grand, étale du blanc, mélange avec du jaune de parme, de gauche à droite,
passe sur le Prusse, stop, pose le pinceaux, reprends le bleu cyan, non !
De la main gauche, prends le pinceau de la main gauche,
reprends le vert émeraude de la main droite, croise tes mains, ralentis ton geste,
joue du tambour, gauche droite gauche droite, trouve un rythme, bleu sur vert, vert sur bleu,
entrecroise, entrelace, continue, continue,... stop...
pousse toi, recule, va plus loin au fond de l'atelier, regarde, que vois-tu ? Rien ? ...
Si je vois... et j'aperçois là une autre part, j'en reviens,
une part de moi est là dans la toile... suis vidée, vannée, asséchée... boire de l'eau...
Les fenêtres sont grandes ouvertes,
je n'entendais plus les sons maintenant ils envahissent l'atelier, la toile,
les couleurs disent une musique, chantent des mots,
l'invisible est devenu visible, je reviens d'où ?
Le dehors se mélange au dedans... Quel silence !